POLITICS
02/18/2014 04:55 EST | Updated 04/19/2014 05:59 EDT

Le campement des manifestants ukrainiens est en feu au coeur de Kiev

KIEV, Ukraine - Des milliers de policiers armés de grenades étourdissantes et de canons à eau ont donné l'assaut, mardi, contre l'important campement érigé par les manifestants antigouvernementaux au coeur de Kiev, après qu'au moins 18 personnes eurent été tuées lors de heurts.

Les autorités ont démantelé une partie des barricades installées en bordure de la place de l'Indépendance, et plusieurs tentes appartenant aux manifestants ont été incendiées.

Mais les quelque 20 000 protestataires présents sur place ont riposté, armés de pierres, de bâtons et d'engins incendiaires, tout en chantant l'hymne national.

Olha Bilik, la porte-parole de la police de Kiev, a précisé à l'Associated Press que sept policiers avaient été tués, sans doute par balle, lors des heurts de mardi.

Onze civils ont eux aussi trouvé la mort, dont trois après avoir été atteints par des tirs. En plus des décès, d'autres sources font état de 40 policiers et de 150 civils blessés.

L'un des leaders de l'opposition, Vitali Klitschko, a pressé les manifestants de défendre leur camp.

«Nous ne partirons pas d'ici», a-t-il déclaré à la foule, s'exprimant à partir d'une estrade montée sur la place alors que l'incendie faisait rage autour de lui, créant d'importants panaches de fumée s'élevant dans la nuit noire. «Ceci est un îlot de liberté et nous le défendrons.»

«Cela ressemble à une guerre contre son propre peuple», a laissé entendre Dmitro Shoulko, qui se dirigeait vers le camp, bombe incendiaire à la main. «Mais nous allons nous défendre.»

Les manifestants semblaient constater que l'impasse politique ukrainienne s'approchait du point de rupture, après que les violences les plus meurtrières jusqu'à présent eurent paralysé la capitale.

Alors que les tentes étaient dévorées par les flammes, des manifestants, très remontés, scandaient «Gloire à l'Ukraine!».

Pendant ce temps, une poignée de protestataires ont trouvé refuge dans l'ambassade canadienne à Kiev, afin d'échapper aux heurts et aux canons à eau. Le bureau du ministre canadien des Affaires étrangères John Baird a fait savoir que ces individus étaient pacifiques, et qu'ils n'avaient pas causé de dégâts, pas plus qu'ils s'en étaient pris au personnel de l'ambassade.

«Nous espérons que la situation s'améliorera rapidement pour qu'ils puissent quitter sans danger les locaux consulaires, et ce le plus rapidement possible», a déclaré le porte-parole Adam Hodge par courriel.

«Nous nous attendons à ce que ces gens puissent partir sans être intimidés, arrêtés ou harcelés.»

Plus tôt dans la journée, certains manifestants ont attaqué les lignes policières et déclenché des incendies à l'extérieur du Parlement, accusant le gouvernement du président Viktor Ianoukovitch d'ignorer de nouveau leurs demandes.

Au fur et à mesure que s'écoulaient les heures, diverses agences gouvernementales se sont engagées à ramener l'ordre dans les rues et ont fermé des stations de métro dans la capitale. Sur la place de l'Indépendance, des prêtres orthodoxes priaient pour la paix.

Ces confrontations de mardi surviennent deux jours après que le gouvernement et l'opposition furent parvenus à un accord fragile menant à l'évacuation de la mairie de Kiev, occupée depuis décembre par les manifestants, en échange de la libération de plusieurs centaines de protestataires arrêtés.

Les tensions ont cependant repris de plus belle après que le ministre russe des Finances eut offert lundi de rétablir l'aide financière accordée à Kiev, alors que M. Ianoukovitch devait annoncer la nomination d'un nouveau premier ministre, soulevant des craintes quant à la possibilité qu'il installe un loyaliste pro-russe.

Vitali Klitschko a quant à lui mentionné que le président avait accepté de rencontrer l'opposition, mercredi matin, mais que la confiance envers l'État était au plus bas. Il a plutôt demandé au président d'accepter des réformes et de déclencher des élections anticipées, ou de risquer une grave escalade du conflit.