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01/30/2012 05:13 EST | Updated 03/31/2012 05:12 EDT

Le procès Shafia ternit encore l'image des Canadiens musulmans

TORONTO - Le procès Shafia a jeté un voile noir sur la communauté musulmane du Canada, ternissant davantage sa réputation déjà mise à mal par les attentats du 11 septembre 2001.

Des musulmans de tout le pays affirment toutefois que le pénible exercice aura eu au moins du mérite, puisque les révélations qui ont émergé lors du procès mettent en lumière des aspects problématiques de leur culture, ainsi que de nouvelles méthodes pour résoudre ces enjeux.

Pendant des mois, les Canadiens — musulmans et non musulmans — ont découvert avec stupeur l'histoire de ces trois Montréalais d'origine afghane qui ont tué quatre femmes de leur famille pour garder intact l'honneur du clan.

Lors du procès, la Couronne a plaidé que trois adolescentes de la famille avaient été tuées après avoir «fait honte» à leur famille en entretenant des relations amoureuses avec des garçons de leur âge et en faisant l'école buissonnière. La quatrième victime, la première femme de Mohammad Shafia, aurait souffert d'abus pendant des années et craignait pour sa vie.

Le juge Robert Maranger, qui présidait au procès, a affirmé dimanche qu'il était difficile de concevoir crime plus «abject», «haineux» et «déshonorant» que celui commis par les Shafia.

«Le motif apparent derrière ces meurtres honteux commis de sang froid est la violation de votre conception complètement tordue de l'honneur. C'est totalement inacceptable dans une société civilisée.»

Le procureur de la Couronne Gerard Laarhuis a suggéré que le verdict reflétait les valeurs canadiennes, ainsi que les principes d'une société libre et démocratique dont jouissent tous les Canadiens.

La ministre fédérale de la Condition féminine, Rona Ambrose, a commenté le verdict sur Twitter. «La violence motivée par l'honneur n'est pas une affaire de culture: il s'agit de violence barbare contre les femmes. Le Canada ne doit jamais confondre la misogynie et la culture», a-t-elle écrit.

Même si plusieurs musulmans refusent le concept de «crime d'honneur», plaidant qu'il s'agit d'une mauvaise représentation de leurs pratiques, ils admettent que la mort des quatre femmes fait émerger la nécessité de prendre clairement position contre la violence familiale dans leur communauté.

Quelques jours avant le verdict de culpabilité prononcé contre Mohammad Shafia, sa femme Tooba Yahya et leur fils Hamed, une ville ontarienne avait lancé un programme destiné à éviter une répétition de ces événements dans le futur.

Le Family Honour Project, lancé par un centre communautaire musulman de London, en Ontario, vise directement le type de comportements qui ont ultimement coûté la vie aux quatre femmes.

Saleha Khan, l'une des responsables du centre, affirme que le projet était sur les rails bien avant le début du procès, mais admet que les manchettes lui ont donné une importance accrue. Même si les violences basées sur l'honneur existent dans plusieurs cultures, les stéréotypes touchant l'islam pourraient avoir été ravivés en raison de l'actualité, a fait valoir Mme Khan.

«Ça s'est transformé en combat entre 'eux' et 'nous'», a-t-elle soutenu dans une entrevue téléphonique. «Maintenant, à cause de l'image qui a été accolée à ça, des gens qui pourraient être victimes ne voudront pas dénoncer.»

Le programme souhaite faire cesser la violence en fournissant du soutien social qui prend en compte la culture des personnes impliquées.

Des leaders religieux musulmans avaient fait une sortie commune en décembre dernier pour condamner les meurtres motivés par l'«honneur».