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01/31/2012 09:23 EST | Updated 04/01/2012 05:12 EDT

L'économie canadienne a pris une pause en novembre; le PIB a cédé 0,1%

OTTAWA - La reprise économique canadienne montre des signes d'essoufflement au moment même où Ottawa s'apprête à présenter un budget d'austérité qui réduira encore davantage la contribution du secteur public à la croissance.

Le produit intérieur brut canadien s'est replié de 0,1 pour cent en novembre, a indiqué mardi Statistique Canada, après avoir affiché en octobre une croissance nulle.

L'étonnante faiblesse — les analystes misaient sur une croissance de 0,2 pour cent — ramène la croissance économique pour les mois de septembre à novembre à 0,7 pour cent.

Des analystes ont fait remarquer que la faiblesse de novembre était attribuable à un seul secteur — celui de l'extraction de pétrole et de gaz naturel, une conséquence, notamment, de fermetures temporaires à des fins d'entretien — mais ont aussi noté qu'il n'y avait pas assez de forces ailleurs dans l'économie pour prendre le relais.

«Même si nous pouvons diminuer la portée de ces données en ne l'attribuant qu'à la faiblesse d'un secteur, il reste que rien d'autre ne s'est imposé pour contrebalancer cette faiblesse, et cela montre à quel point l'économie sous-jacente est embourbée», a observé Douglas Porter, économiste en chef adjoint à la Banque de Montréal.

Plusieurs analystes du secteur privé, incluant à la Banque de Montréal, ont rapidement révisé leurs prévisions à la baisse pour le quatrième trimestre de 2011 d'environ un demi-point de pourcentage, affirmant que les projections de la Banque du Canada — qui s'attend à une croissance de deux pour cent — semblaient dorénavant hors d'atteinte.

M. Porter s'est conséquemment demandé si le gouvernement fédéral, qui doit préparer son budget et le présenter dans un peu plus d'un mois, ne devrait pas aussi revoir les coupes majeures qu'il dit préparer.

Le gouvernement fédéral s'est engagé à réduire ses dépenses d'au moins quatre milliards $ dans les trois prochaines années — en plus d'autres restrictions — et les récentes déclarations de ministres laissent croire que ce montant pourrait en fait grimper à huit milliards $.

Si le plus faible de ces montants devait être retenu, le Centre canadien de politiques alternatives estime que les pertes d'emplois à travers le pays se chiffreraient à plus de 60 000 dans les trois prochaines années. Ottawa a en outre annoncé qu'il s'attaquerait aux pensions de la sécurité de la vieillesse, mais il est peu probable qu'il n'y apporte des changements qui auraient un impact sur l'économie cette année ou la prochaine.

Même avant que ne soient dévoilées les plus récentes données, Ottawa et les provinces mettaient fin aux dépenses liées à la relance de l'économie, des programmes mis en place pour contrer la crise mondiale du crédit qui a déclenché la récession de 2008-09. Avec une réduction des dépenses du gouvernement, le secteur public devrait représenter un boulet à la croissance en 2012, comparativement au coup de pouce qu'il lui a donné en 2011.

«Je peux comprendre la fin des mesures de relance, mais je me demande si l'appétit pour les compressions devrait être aussi important qu'il ne semble l'être», a affirmé M. Porter. «Nous devons nous assurer que la croissance reste sur les rails avant de commencer à gruger de façon importante dans les dépenses.»

L'économiste syndical Erin Weir, des Métallurgistes unis d'Amérique, affirme pour sa part que les réductions des investissements publics «pourrait faire retomber la fragile économie canadienne en récession».

Les trois derniers mois de 2011 ont aussi vu 55 000 emplois disparaître, même si le résultat net de décembre s'est avéré positif, et les analystes croient qu'il y a eu une modeste reprise de l'emploi en janvier. Statistique Canada doit dévoiler vendredi les données sur le marché de l'emploi pour le premier mois de 2012.

La plupart des économistes du secteur privé croient qu'il faudrait un important choc externe — comme, par exemple, une crise financière européenne en bonne et due forme — pour faire retomber le Canada en récession. Le scénario le plus probable, affirment-ils, serait une lente croissance, inférieure à deux pour cent, une vision partagée par la banque centrale et le Fonds monétaire international.

Les quelques derniers mois des données montrent que peu de secteurs sont assez solides pour soutenir la croissance de l'économie canadienne.

Le grand perdant de novembre a été l'extraction de pétrole et de gaz naturel, qui a fléchi de 2,5 pour cent. Mais les secteurs du commerce de gros, de la finance et des assurances, et de la construction ont aussi connu des replis au sein des industries productrices de biens, qui ont chuté dans l'ensemble de 0,6 pour cent.

La production manufacturière a progressé de 0,6 pour cent, stimulée par le secteur automobile. D'autres gains ont été observés dans les groupes du commerce de détail, de l'hébergement et des services de restauration, des services professionnels et des agents et courtiers immobiliers.