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02/05/2012 11:18 EST | Updated 04/06/2012 05:12 EDT

La communauté internationale en quête de stratégie alternative sur la Syrie

Désespoir et colère. Au lendemain du camouflet cinglant sur la Syrie infligé par les Russes et Chinois au reste de la communauté internationale à l'ONU, le chef militaire des insurgés sur le terrain jugeait dimanche n'avoir plus d'autre choix que la force pour faire tomber le sanguinaire régime de Damas, tandis qu'Occidentaux et Arabes cherchaient à mettre sur pied une stratégie alternative.

Samedi, le double veto russo-chinois à un projet de résolution, pourtant édulcoré -ne prévoyant ni sanctions ni embargo sur les armes- a sonné le glas des efforts en vue d'apporter au plan de sortie de crise de la Ligue arabe la légitimité du soutien du Conseil de sécurité onusien. Les 13 autres membres du Conseil avaient pourtant voté en faveur du texte.

Ce plan arabe, rejeté par Damas, prévoit la mise à l'écart de Bachar el-Assad, appelé à céder le pouvoir à son vice-président, prélude à la constitution d'un gouvernement d'union nationale chargé d'organiser la transition et des élections libres.

Rajoutant au sentiment d'urgence, le vote du Conseil intervenait dans la foulée d'un nouvel épisode sanglant attribué aux forces de Damas, qualifié par l'opposition de pire massacre depuis le début du soulèvement en mars: plus de 200 personnes avaient été tuées dans la nuit de vendredi à samedi à Homs par les bombardements des forces gouvernementales.

Le pire semble désormais possible. Tous craignent que ce tournant n'ait le potentiel de précipiter le pays dans la spirale de la guerre totale.

Le régime, se sentant désormais les coudées franches pour réprimer, risque de se déchaîner, conforté par le veto de Moscou et estimant que son principal allié et fournisseur d'armes le protégera envers et contre tous.

"Il n'y a pas d'autre chemin" que l'action militaire pour renverser Assad, estimait en retour le chef de l'Armée syrienne libre (ASL), interrogé par l'Associated Press par téléphone. "Nous considérons que la Syrie est occupée par un gang criminel et nous devons libérer le pays de ce gang", a ajouté le colonel Riad el-Assaad depuis son exil turc. "Ce régime que comprend pas le langage de la politique, il ne comprend que le langage de la force".

Emboîtant le pas au président français, qui avait lancé publiquement l'idée samedi soir, la secrétaire d'Etat Hillary Clinton a appelé dimanche les "amis de la Syrie démocratique" à s'unir pour soutenir l'opposition contre le régime de Bachar el-Assad.

"La France ne se résigne pas", avait déclaré la veille Nicolas Sarkozy. "Elle se concerte avec ses partenaires européens et arabes afin de créer un 'Groupe des Amis du peuple syrien' qui aura pour objectif d'apporter tout l'appui de la communauté internationale à la mise en oeuvre de l'initiative de la Ligue arabe", soulignait-il.

"Confrontés à un Conseil de sécurité neutralisé, nous devons redoubler d'efforts à l'extérieur des Nations unies", a renchéri dimanche Hillary Clinton, en visite en Bulgarie, qualifiant ce qui s'est passé la veille au Conseil de "mascarade".

Des consultations vont donc avoir lieu dans les prochains jours pour tenter de "sauver la situation de la détérioration avant qu'il ne soit trop tard", a-t-elle ajouté.

Il s'agirait de créer la version syrienne du Groupe de contact sur la Libye, qui avait organisé le soutien international aux opposants au régime de Moammar Kadhafi. Le Groupe de contact coordonnait également les opérations militaires de l'OTAN en Libye, ce qui n'est en revanche pas envisagé dans le cas syrien.

Selon des responsables américains, ce "Groupe des amis" travaillerait au renforcement des sanctions contre le régime alaouite, aiderait les groupes de l'opposition syrienne à se rencontrer et s'unifier, fournirait une assistance humanitaire et tenterait de contrôler les ventes d'armes.

Le Conseil national syrien (CNS, principal groupe de l'opposition syrienne), est favorable à la constitution de cette "coalition internationale" dont l'objectif serait de "soutenir la révolution", selon Radwan Ziadeh, un de ses principaux membres.

Reste à savoir, question délicate, si ce "Groupe des amis" apporterait également son soutien à la branche armée de l'insurrection, les déserteurs passés à l'opposition, avec le risque de militariser encore plus le conflit. Bourhan Ghalioun, président du CNS, estimait sur Al-Arabiya samedi soir après le veto qu'une telle coalition pourrait "si nécessaire" apporter à l'ASL son aide pour "protéger la population syrienne".

Sur le terrain dimanche, des tirs résonnaient toujours dans plusieurs quartiers de Homs et les bombardements se poursuivaient, non loin de là, sur la ville rebelle de Rastan, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme, basé à Londres.

La cité montagnarde de Zabadani, au nord de Damas, tombée à la fin janvier aux mains des insurgés, était à son tour pilonnée par les forces du régime et, assiégée depuis cinq jours, commençait à manquer de tout, selon un militant local. "La situation est terrifiante, les hôpitaux de fortune sont pleins", a-t-il expliqué, sous le couvert de l'anonymat. Dans les provinces d'Idlib (nord-ouest) et de Deraa (sud), l'Observatoire faisait état d'accrochages entre l'armée et les déserteurs, faisant au moins 11 morts dans la province d'Idlib.

Les Comités locaux de coordination, l'autre groupe organisant le recueil des informations provenant de l'opposition sur le terrain, faisait état de 22 morts dimanche dans différents endroits du pays.

Pendant ce temps, à Damas, des centaines de manifestants pro-régime s'étaient rassemblés sur la place des Sept-Fontaines, brandissant des drapeaux russes et chinois pour remercier les "frères" Moscou et Pékin d'avoir "bloqué la conspiration occidentale" contre leur pays, selon les termes d'une des manifestantes. Qui a également appelé le régime à agir "de manière déterminée et militaire contre ces criminels armés". AP

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