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02/05/2012 10:52 EST | Updated 04/06/2012 05:12 EDT

Poser le bon diagnostique pour soigner la démence ou la maladie d'Alzheimer

TORONTO - Cela débute insidieusement par des oublis fréquents, un effort pour trouver ses mots, ou des rappels constants pour s'assurer de ne pas oublier un événement important. Il peut aussi s'agir d'une tâche qu'on accomplit tous les jours, mais qui, soudain, devient une véritable corvée. Ces oublis peuvent s'avérer des signes de la maladie d'Alzheimer.

Toutefois, les spécialistes précisent qu'il existe plusieurs formes de démence sénile et de troubles cognitifs. Et la possibilité d'en déterminer les causes permet de fournir un traitement approprié. «C'est important d'établir un diagnostic précis parce que certains médicaments fonctionnent pour une sorte de démence, mais pas pour une autre» souligne la Dre Tiffany Chow, neurologue du comportement à la clinique de la mémoire Baycrest de Toronto.

Pour certains, les problèmes de mémoire et de concentration peuvent dépendre d'un déficit cognitif léger, soit la phase entre la dégénérescence mentale normale reliée au vieillissement et le déclin plus accentué de la démence. Cette condition affecte environ 10 pour cent des personnes âgées entre 65 et 74 ans. Elle s'accroît de façon dramatique chez les aînés de plus de 85 ans. Pour cette tranche d'âge, ce sont pas moins de 60 pour cent d'entre eux qui en seront atteints. Le légendaire joueur de hockey des Red Wings de Detroit Gordie Howe est un de ceux-là.

Son fils Murray, un médecin spécialisé en radiologie, précise que les symptômes dénotés chez son père ne correspondent pas à ceux de la maladie d'Alzheimer ou de celle de Pick, une affection hérédo-dégénérative, dont sa mère, Colleen, est décédée à l'âge de 76 ans.

Le joueur de hockey âgé de 83 ans est toujours actif. La fondation Gordie and Colleen Howe pour l'Alzheimer a recueilli plus de 16 $ millions.

L'apparition d'un déficit cognitif léger peut inquiéter, mais il ne faut pas s'affoler selon la Dre Chow, il ne s'agit pas nécessairement de la première étape vers la maladie d'Alzheimer ou d'une autre forme de démence. La maladie pourra progresser très rapidement chez certains, mais d'autres n'atteindront jamais le stade final alors que quelques rares chanceux verront leur état s'améliorer.

La démence vasculaire affecte environ 20 pour cent des Canadiens souffrant de troubles cognitifs, ce qui est en fait la deuxième forme la plus commune de cette maladie. Ce désordre est causé par la mort des cellules du cerveau qui ont été privées d'oxygène à la suite d'une hypertension artérielle, d'une crise cardiaque, d'un taux élevé de cholestérol ou du diabète. Une succession d'accidents vasculaires cérébraux légers peuvent également conduire à la démence vasculaire.

Toutefois un traitement appliqué au tout début de la maladie, soit des médicaments qui permettent de contrôler ce genre de désordre, un changement dans l'alimentation et plus d'exercices physiques peuvent freiner de façon importante la progression de la maladie ou même la faire disparaître.

La maladie d'Alzheimer est certes la plus connue du genre. Près des deux tiers des 500 000 personnes touchées par la démence en souffrent. Ce nombre pourrait dépasser 1,1 million à l'intérieur d'une même génération.

La maladie qui a été identifiée en 1906 par le physicien allemand Alois Alzheimer provient de la destruction de neurones causée par l'accumulation extracellulaire d’une protéine pathogène (neurotoxique) et insoluble qui est aussi la forme la plus amyloïdogène du bêta-amyloïde.

Cette anomalie permettrait une entrée anormale de calcium dans le neurone, ce qui activerait la microglie (réaction inflammatoire), entraînant la mort inéluctable du neurone par nécrose ou par apoptose.

L'atrophie touche d'abord l'hippocampe, une région importante pour la mémoire à court terme, et s'étend ensuite aux autres parties du cerveau détruisant les liens entre les neurones.

«Il s'agit d'un processus neurodégénératif» précise la Dre Mary Tierney, directrice de l'unité de recherche gériatrique du Sunnybrook Health Sciences Centre de Toronto. Ses études démontrent que le cerveau subit des modifications près de dix ans avant que les premiers symptômes de la maladie n'apparaissent.

Certains médicaments peuvent ralentir la progression de la maladie et atténuer les symptômes comme les inhibiteurs de la cholinestérase qui agissent sur le cerveau comme un messager chimique nommé acétylcholine nécessaire au fonctionnement de la mémoire, de la pensée et du jugement.

Ces inhibiteurs ont démontré qu'ils pouvaient contribuer à maintenir la concentration et la mémoire à court terme, mais ils semblent aussi avoir un effet sur la progression du déclin à accomplir certaines tâches quotidiennes, précise de son côté le Dr Serge Gauthier, neurologue au Centre McGill d'études sur le vieillissement de Montréal.

En combinant certains médicaments, on peut permettre à un patient de demeurer chez lui plus longtemps, mais il n'existe pas encore de traitement efficace contre cette terrible maladie, conclut la Dre Mary Tierney.