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02/08/2012 10:38 EST | Updated 04/09/2012 05:12 EDT

Agropur: la bataille contre Yoplait se transporte devant les tribunaux

MONTRÉAL - La bataille du yogourt se transporte devant les tribunaux.

Aliments Ultima fait tout pour ne pas perdre la licence qui lui permet de fabriquer les produits Yoplait au Canada. Or Yoplait, qui a récemment acquis l'entreprise québécoise Liberté, semble déterminé à faire cavalier seul.

Ultima et Yoplait ont donc convenu de porter leur différend devant la Cour internationale d'arbitrage de Paris, a révélé mercredi Pierre Claprood, chef de la direction d'Agropur, qui est coactionnaire d'Ultima avec la coopérative albertaine Agrifoods. Une décision est attendue plus tard cette année.

Il reste qu'Ultima croit de moins en moins probable le maintien de ses liens d'affaires avec Yoplait, qui remontent à plus de 40 ans. Ultima se prépare donc à lancer sa propre marque de yogourt à compter de septembre 2013, date de la fin de la licence de Yoplait.

Jusqu'ici, Agropur a investi plus de 10 millions $ dans cet ambitieux projet. Ces dépenses ont fait reculer les profits d'Ultima en dépit d'une hausse de 1,5 pour cent des ventes en 2011.

Il ne sera pas facile pour Ultima de faire sa place dans ce marché de plus d'un milliard de dollars aux côtés des géants Danone, Yoplait et Parmalat.

Yoplait détient actuellement 30 pour cent du marché canadien, derrière Danone mais devant Parmalat. Au Québec, Yoplait est premier avec environ 40 pour cent des ventes. Yoplait appartient conjointement à l'américain General Mills et au français Sodiaal.

«Si on a 30 pour cent de parts de marché (avec Yoplait), il y a des chances qu'on n'ait pas nécessairement 30 pour cent en commençant (avec une nouvelle marque)», a admis M. Claprood en marge de l'assemblée annuelle d'Agropur, tenue mercredi à Montréal.

C'est sans compter l'arrivée récente au Canada d'un important fabricant américain de yogourt, Chobani, qui a obtenu d'Ottawa un permis spécial d’importation de 12 mois le temps de construire une usine en Ontario.

«C'est un peu injuste pour les transformateurs qui sont déjà présents au Canada», a déploré Serge Riendeau, président du conseil d'administration d'Agropur.

Malgré tout, Ultima n'entend pas procéder à des mises à pied à son usine de Granby, du moins pour l'instant.

«On ne prévoit pas de pertes d'emplois en ce moment, mais il pourrait y avoir des ralentissements par bouts, c'est sûr», a indiqué Pierre Claprood, qui prendra sa retraite à la fin du mois après huit ans à la tête d'Agropur.

Résultats et libre-échange

Au cours de son exercice 2011, qui a pris fin le 31 octobre, la coopérative québécoise a enregistré des excédents avant ristournes (profits nets) de 164,8 millions $, en hausse de 8,9 pour cent par rapport aux 151,3 millions $ dégagés en 2010.

Le chiffre d'affaires a atteint 3,65 milliards $, en progression de 9,1 pour cent.

Agropur continue de suivre de près les négociations qui doivent mener à la conclusion d'un accord de libre-échange avec l'Union européenne.

La direction de la coopérative s'inquiète plus particulièrement d'un éventuel élargissement de l'accès des producteurs européens au marché canadien, qui aurait pour effet de réduire la quantité de lait à transformer dans le pays, aux dépens d'Agropur et des autres fabricants locaux.

La coopérative craint aussi de perdre le droit d'utiliser des appellations comme «feta» et «brie», qui sont protégées en Europe mais pas au Canada.

«Mais les négociateurs (canadiens) nous rassurent en nous disant que notre système n'est pas en jeu», a tenu à préciser M. Riendeau.

États-Unis

Encore une fois cette année, Agropur concentrera beaucoup d'efforts aux États-Unis, d'où provient désormais le quart de ses revenus. La coopérative a plusieurs projets d'agrandissement de ses usines américaines de feta, de provolone et de cheddar. Elle cherche aussi à mettre la main sur un producteur de fromages fins, un domaine en forte croissance.

Le marché des acquisitions dans le secteur laitier aux États-Unis est toutefois «relativement tranquille» depuis plusieurs mois, les entreprises hésitant à se mettre en vente.

«Quand on parle aux entreprises, surtout celles contrôlées par des familles, elles nous disent 'quand bien même tu nous donnerais 100 millions $, qu'est-ce qu'on va faire avec? On va l'investir à un pour cent d'intérêt à la banque? Aussi bien de garder la business!'» a illustré Pierre Claprood.

Ce dernier sera remplacé au poste de chef de la direction par Robert Coallier à compter du 27 février.

Fondée en 1938, Agropur emploie 5700 travailleurs et compte parmi ses membres 3349 producteurs de lait. La coopérative transforme plus de 3 milliards de litres de lait par année dans 27 usines réparties au Canada, aux États-Unis et en Argentine.