NEWS
02/08/2012 11:38 EST | Updated 04/09/2012 05:12 EDT

Le système fédéral de prestations aux aînés est viable, selon Kevin Page

OTTAWA - Le système fédéral de prestations aux aînés est viable à long terme, selon le directeur parlementaire du budget, calmant ainsi les craintes soulevées par le gouvernement Harper qui brandit le spectre de réductions de ces programmes.

Dans un rapport rendu public mercredi, Kevin Page établit que même avec l'arrivée de l'importante cohorte de baby-boomers à l'âge de la retraite, le gouvernement a, et aura, les revenus nécessaires pour continuer à offrir des prestations aux aînés indexées au coût de la vie, et même plus.

Ces prestations grugeront certes une plus grosse partie des revenus du gouvernement — de 14,8 pour cent des dépenses de programme aujourd'hui à 20,9 pour cent en 2030-31 — mais il en aura les moyens, résume le rapport.

Selon les calculs de l'équipe de M. Page, les prestations aux aînés indexées au coût de la vie — qui représentent actuellement 2,2 pour cent du produit intérieur brut (36 milliards $) — atteindront un sommet en 2031-32. Les programmes représenteront alors 3 pour cent du PIB, lorsque tous les baby-boomers seront à la retraite.

Le fardeau sur le système va par la suite diminuer à 1,8 pour cent du PIB.

Le bureau du directeur parlementaire du budget a aussi calculé les prestations en tenant compte d'un certain enrichissement des prestations — supérieur à la simple indexation en fonction de l'inflation — et malgré cette bonification, le système demeure également viable.

Ce sont les recettes générales du gouvernement qui financent les prestations aux aînés, qui sont distribuées sous trois programmes: la sécurité de la vieillesse, le supplément de revenu garanti et l'allocation.

Pour faire les prédictions présentées dans le rapport, le directeur parlementaire n'a pas tenu compte de la promesse faite par le gouvernement Harper de renouer avec l'équilibre budgétaire en 2015-16, ni des compressions envisagées de 5 à 10 pour cent dans tous les ministères fédéraux. Si le gouvernement accomplit ses objectifs, il aura une marge de manoeuvre encore plus grande pour octroyer les prestations aux aînés.

Le directeur parlementaire du budget a pour mandat de présenter au Parlement une analyse indépendante sur l'état des finances de la nation, le budget des dépenses du gouvernement et sa viabilité financière à long terme.

Son bureau a décidé de réaliser cette analyse du système de prestations aux aînés après le débat qui a fait rage depuis la rentrée parlementaire. Le but était de fournir un cadre analytique à ce sujet, indique-t-on.

Le débat a commencé lorsque le premier ministre Stephen Harper, s'exprimant au Forum économique mondial de Davos, en Suisse, a laissé entendre que des changements étaient à prévoir dans le système de revenus de retraite, en raison des changements démographiques, soit une augmentation du nombre de personnes de plus de 65 ans.

Bref, trop peu de travailleurs pour payer les prestations d'un trop grand nombre de retraités.

Depuis, des ministres ont utilisé les mots «non viable» et «crise» pour justifier une réforme des prestations alors que le nombre d'aînés qui vont les recevoir va doubler au cours des 20 prochaines années.

L'une des solutions envisagées par les conservateurs serait de hausser l'âge d'admissibilité aux prestations, qui passerait de 65 à 67 ans, selon ce que redoute l'opposition.

Mercredi, le rapport de Kevin Page a justement fourni des munitions à l'opposition qui a mené une charge contre le gouvernement lors de la période des questions en Chambre.

«C'est une crise synthétique, fabriquée de toutes pièces par le gouvernement. C'est une crise politique. Ce n'est pas une crise économique ni une crise budgétaire», a résumé le chef intérimaire du Parti libéral, Bob Rae.

«Le seul risque aux prestations aux aînés, c'est le gouvernement du Canada», a-t-il raillé.

Le néo-démocrate Peter Julian est du même avis.

«Je crois que sur une base idéologique, ils (les conservateurs) ne croient pas en un système de pensions public et c'est en partie ce qui motive leur programme», a-t-il dit.

Mais même avec ce rapport, la position du gouvernement n'a pas changé d'un iota.

«Ce que nous allons faire, c'est nous assurer de la viabilité aujourd'hui et à long terme du programme de la Sécurité de la vieillesse pour les retraités d'aujourd'hui et de demain, mais aussi pour les générations futures. C'est ce que nous avons fait comme promesse aux Canadiens et c'est ce que nous allons faire», a répété mercredi en Chambre — comme c'est le cas depuis plusieurs jours — la ministre des Ressources humaines, Diane Finley.

Le gouvernement affirme évaluer certains changements au programme mais refuse de confirmer ce qu'il a en tête, notamment si l'âge de la retraite sera repoussé.

Et il n'a que faire du rapport de Kevin Page.

À sa sortie des Communes, le ministre des Finances, Jim Flaherty, s'est d'ailleurs livré à son habituelle attaque contre le directeur parlementaire du budget, le qualifiant de «non crédible, non fiable et d'incroyable».