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02/08/2012 08:02 EST | Updated 04/09/2012 05:12 EDT

Syrie: L'Union européenne prête à renforcer ses sanctions contre Damas

BEYROUTH - L'Union européenne (UE) va prochainement renforcer ses sanctions contre la Syrie, où une cinquantaine de personnes ont été tuées mercredi à Homs. Les attaques se poursuivent également dans la province d'Idlib au nord, celle de Deraa au sud et dans la ville montagnarde de Zabadani. Selon l'opposition, le gouvernement veut reprendre les régions contrôlées par les rebelles.

Un haut responsable de l'UE a expliqué sous le couvert de l'anonymat que les nouvelles sanctions pourraient imposer un embargo sur l'importation des phosphates syriens, sur les vols commerciaux entre la Syrie et l'Europe et sur les transactions financières avec la banque centrale syrienne. Certaines de ces mesures seraient adoptées à l'occasion d'une réunion des ministres des Affaires étrangères de l'UE prévue le 27 février.

L'Europe cherche à affaiblir le régime syrien et à pousser Damas à mettre fin à sa violente répression du soulèvement populaire, qui a fait plus de 5 400 morts depuis mars 2011, selon l'ONU. L'UE a déjà décrété un embargo sur les importations de pétrole en provenance de la Syrie ainsi qu'une interdiction de visa et un gel des avoirs pour les responsables du régime syrien.

Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, qui a été reçu par le président Bachar el-Assad mardi, tente d'obtenir des discussions entre le vice-président syrien et l'opposition. Alliée de longue date du régime Assad, la Russie, tout comme la Chine, a usé samedi dernier de son droit de veto en tant que membre permanent du Conseil de sécurité de l'ONU pour bloquer l'adoption d'un projet de résolution appelant à une transition démocratique en Syrie et condamnant la répression.

Selon le premier ministre russe Vladimir Poutine, la communauté internationale doit laisser les Syriens résoudre la crise de façon indépendante et ne pas agir comme un «éléphant dans un magasin de porcelaine». Il a ajouté qu'il fallait leur permettre de décider de leur sort, les aider, leur donner des conseils, imposer des restrictions pour que les parties n'aient pas recours aux armes, mais sans ingérence.

Bachar el-Assad a affirmé de son côté que la Syrie était prête pour un dialogue national avec l'opposition et des personnalités indépendantes, et que son gouvernement consentait à coopérer à toute initiative encourageant la stabilité dans le pays.

Mais sur le terrain, l'Observatoire syrien des droits de l'homme a rapporté qu'au moins 50 personnes avaient été tuées mercredi dans des bombardements à Homs, bastion de la contestation dans le centre du pays. Plusieurs centaines de Syriens auraient perdu la vie dans la région depuis samedi. Selon la chaîne télévisée du régime, des hommes armés ont procédé à des tirs de mortier contre la raffinerie de la ville, l'une des seules du pays. Deux réservoirs ont pris feu, mais les pompiers sont parvenus à contenir le brasier.

Un militant du quartier de Baba Amr, Omar Shaker, a expliqué que le secteur avait été la cible d'intenses bombardements de l'armée, qui était équipée de chars, de mortiers, d'artillerie et d'armes lourdes. «La situation est terrible. Nous manquons de nourriture, d'eau et d'aide médicale. Les médecins s'effondrent après avoir soigné des blessés sans se reposer pendant cinq jours», a-t-il souligné. «Nous demandons à Lavrov de venir passer une nuit à Homs pour voir ce que nous vivons.» Il a exhorté la communauté internationale à mettre en place un corridor humanitaire pour évacuer les femmes et enfants.

Selon des témoignages recueillis par Médecins sans frontières (MSF), la médecine serait utilisée comme arme de persécution. «Il est essentiel que les autorités syriennes rétablissent la neutralité des espaces de soin», a plaidé mercredi la présidente de l'organisation, la Dr Marie-Pierre Allié.

Entre le 30 janvier et le 6 février, l'ONG française a discuté avec cinq médecins et 10 patients de différentes régions de la Syrie. Leurs déclarations font état d'une répression sans merci des personnes blessées et des soignants ainsi que de médecins traqués qui courent le risque d'être arrêtés et torturés pour avoir secouru des civils blessés. Les hôpitaux sont surveillés par les forces de sécurité, obligeant le personnel médical à dispenser ses soins dans des lieux clandestins, avec des conditions d'anesthésie, de stérilisation et d'hygiène des plus rudimentaires.