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11/22/2016 18:25 EST | Updated 11/23/2017 00:12 EST

Michel Tétrault : faire sortir le droit des palais de justice

Du monde, Michel Tétrault en a vu en 33 ans de pratique à l'aide juridique. Son diplôme et son barreau en poche, le natif de Montréal met le cap sur Asbestos en 1983 puis s'installe à Sherbrooke en 1990, où il se spécialise dans le droit familial.

« Quand on fait du droit de la famille, on touche vraiment à la personne elle-même. Quand on parle à un parent dans un dossier de garde d'enfants, on peut avoir un effet positif sur la vie de ces gens-là », explique-t-il.

Séparation, garde des enfants, pension alimentaire, partage des biens : des sujets difficiles. Après toutes ces années, un constat inévitable se dresse, l'accessibilité à la justice s'est détériorée. Il y a des gens trop pauvres pour être riches et trop riches pour être admissibles à l'aide juridique. Dans environ 40 % à 50 % des dossiers de droit de la famille à Sherbrooke, les gens se représentent seuls, estime l'avocat, parce qu'ils n'ont pas d'argent.

« C'est infiniment triste. Vous vous retrouvez avec des gens qui entrent dans un système qu'ils ne connaissent pas, qui ne connaissent pas leurs droits, et ça, c'est la base. »

Il faudrait qu'on soit très heureux que quelqu'un au salaire minimum ait accès à l'aide juridique. Je ne veux pas être méchant, mais ce n'est pas exceptionnel.

Me Michel Tétrault, avocat à l'aide juridique

« Faire plus avec moins, ça n'existe pas dans la vraie vie. »

L'ajustement des barèmes d'accessibilité était une bonne chose, mais les bureaux d'aide juridique n'ont pas plus de ressources, déplore l'avocat.

« Vous pourriez m'asseoir 20 clients de plus par jour dans ma salle d'attente, mais je ne pourrais pas les voir. Ça affecte des adultes, mais ça affecte des enfants aussi qu'on devrait normalement protéger. »

L'autre aspect de la vie professionnelle de Michel Tétrault, c'est de faire sortir le droit des palais de justice pour lui donner un sens humain. Auteur prolifique, il donne fréquemment des conférences et a enseigné pendant près de 15 ans à la Faculté de droit de l'Université de Sherbrooke.

Puis, il y a cette autre vie, celle d'engagement dans plusieurs organismes, notamment auprès de l'Escale, qui aide les femmes en difficulté à la Villa Marie-Claire, qui soutient de jeunes parents ou au Réseau d'appui aux familles monoparentales et recomposées de l'Estrie.

« J'ai tiré beaucoup de connaissances pratiques qui m'ont servi dans mon travail. Les organismes nous aident, parce qu'on va y recommander des gens. »

Cependant, il faudrait aussi que les citoyens aient accès à des formations de base pour savoir comment fonctionne le système de justice, selon lui.

« Dans certaines provinces, il y a des classes pour les personnes qui décident de se représenter seules. Il devrait y avoir des cours dans les écoles aussi. »

Il faut que les gens comprennent leurs droits. Comment voulez-vous prendre une décision qui a de l'allure si vous ne savez pas ce à quoi vous avez droit?

Me Michel Tétrault, avocat à l'aide juridique

« Il faut aimer ce qu'on fait et il faut aimer les gens », confie simplement l'avocat. À 58 ans, l'idée de la retraite est loin de planer.

« Les questions que je me pose ce sont : Est-ce que je peux encore me rendre utile et est-ce que ça peut permettre à quelqu'un de vivre mieux? »