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11/22/2016 18:38 EST | Updated 11/23/2017 00:12 EST

Un programme de quota empêcherait les éleveurs de volaille de remplir la demande

L'Organisation des éleveurs de poulet du Manitoba (OEPM) vient de dévoiler un programme de quotas qui entrera en vigueur l’année prochaine. Selon l’organisme, le plan permettra à plus d’éleveurs manitobains de vendre leur volaille dans un créneau sous-développé du marché.

« Nous savons que certains groupes démographiques de la population achètent des poulets certifiés organiques, des poulets hallal et des poulets kascher de l’extérieur de la province », explique le directeur général de l’OEPM, Wayne Hiltz.

Le but, c’est de donner la chance à plusieurs opérations d’élevage de répondre à la demande du marché, et non limiter l’approvisionnement à un petit groupe de quelques privilégiés.

Wayne Hiltz, directeur général, OEPM

Afin d’assurer que l’offre de volaille ne dépasse pas la demande au Manitoba, l’OEPM établit et réglemente les quotas de production des producteurs enregistrés. Ceux qui dépassent leurs quotas sont passibles d’importantes amendes.

Mais certains producteurs non enregistrés élèvent déjà des poules de spécialité depuis des années grâce à des permis de dérogation spéciale délivrés par l’OEPM.

« La plupart [des producteurs de poulets de spécialité non enregistrés] bénéficiaient de droits acquis [sous l’OEPM], car ils alimentaient un créneau qui n’entrait pas en concurrence directe avec les producteurs de poulets de chair », explique Rudy Reimer, copropriétaire de Watersong Farms, une opération familiale qui élève des poulets de spécialité depuis les années 60.

Or, dans le cadre du nouveau programme, l’OEPM résilie les permis de dérogation spéciale et impose une production maximum de 30 000 kg par éleveur. Les producteurs qui dépassent leur quota devront payer une redevance de 0,40 $ le kilogramme sur l’excédent.

À l’heure actuelle, Watersong Farms produit de 75 000 à 80 000 kg annuellement. L’opération devra donc soit réduire sa production à 30 000 kg, ou bien payer des redevances sur environ 60 % de son produit.

« Pas question de choisir cette dernière option », affirme M. Reimer.

Il faudrait répercuter les coûts sur nos clients, et ce serait une hausse assez volatile. Nous trouvons injuste que [l’OEPM] nous force à faire ça.

Rudy Reimer, copropriétaire, Watersong Farms

Le copropriétaire de Watersong Farms croit que plusieurs éleveurs choisiront de réduire leur production de poulet de spécialité l’année prochaine, ce qui provoquera une pénurie importante.

En plus, souligne Rudy Reimer, le programme de l’OEPM aura une incidence sur les procédures d’élevage – dans le cas des poulets organiques ou poulets plein air – ainsi que sur les usines de transformation de volaille certifiée hallal ou kascher.

« C’est une arme à double tranchant. Si nous limitons les capacités des éleveurs locaux, nous limitons aussi les usines de traitement locales », rappelle-t-il.

La perspective de la gérante de l’usine Waldner’s Meats, située à Niverville, est encore plus sombre. Selon Angela Chipilsky, peu importe le choix des producteurs de poulet de spécialité, les effets seront nuisibles à son usine dans le sud du Manitoba.

« Soit [les éleveurs] réduisent leur production et nous n’avons pas autant de travail, dit Mme Chipilsky, ou bien ils acceptent de payer les redevances, augmentent le prix de leurs poulets et, s’il y a un énorme écart entre les prix, les détaillants vont juste importer [les poulets] d’autres provinces. »

« C’est perdant perdant pour nous », se résigne-t-elle.

D'après un reportage de Holly Caruk