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03/27/2017 16:23 EDT | Updated 03/28/2018 01:12 EDT

Lance Stroll et le syndrome de la boule de quilles

Voyons le bon côté des choses. Imaginez si Lance Stroll avait fait un tout droit au premier virage du Grand Prix d'Australie.

Si le pilote québécois avait calé sur la grille ou pire, s’il avait joué à la boule de quilles au bout de la ligne droite. Vous imaginez les conséquences?

Les critiques auraient fusé, les comparaisons avec Pastor Maldonado auraient repris, certains éditorialistes auraient donné raison à Jacques Villeneuve : trop jeune, dangereux, etc.

Ce n’est pas ce qui s’est passé. Lance Stroll a tiré le meilleur des circonstances pourtant défavorables qui le handicapaient au départ du Grand Prix d'Australie.

Son erreur, il l'a faite samedi matin, à la fin des essais libres. Une erreur qui a obligé les mécaniciens à travailler sous pression avant le début de la séance de qualification.

Une erreur qui a gâché sa qualif. Éliminé dès la fin de la première partie de la séance (Q1), ses premiers mots ont été pour eux.

« Un énorme merci aux gars. Ils ont fait un travail incroyable », a-t-il dit d'entrée de jeu. Des mots que ses mécaniciens qui ne le connaissent pas bien ont certainement appréciés. Tant pis pour le cliché...

Ses premiers points de la saison, Lance Stroll les a peut-être marqués dans le garage.

Son erreur l'a aussi libéré d'un poids.

Personne en Chine ne sera à l'affut de ses moindres gestes, attendant sa première faute. Il l'a commise, et a pu tout de suite s'en affranchir.

Cette erreur l'a obligé à partir du fond de la grille, et du coup a fait tomber les attentes. Ce qui a joué en sa faveur.

Combien de pilotes se rappellent avec effroi leur tout premier départ en grand prix.

« J'étais tellement nerveux sur la grille que j'ai eu un énorme trou de mémoire, et je ne savais plus sur quel bouton appuyer », a déjà admis le Suisse Sébastien Buemi, ancien pilote de F1, aujourd'hui en formule E.

En partant de si loin, à l'abri des regards qui se concentraient sur la première ligne et le duel entre Lewis Hamilton et Sebastian Vettel, Stroll n’a pas calé à l'extinction des feux rouges, et il a évité le piège du premier virage.

« Je n’avais pas prévu de prendre un risque au départ, mais il y a eu un cafouillage devant moi, les gars ont freiné plus tôt que prévu, j’ai vu l’ouverture, et j’ai tenté ma chance », a-t-il dit aux journalistes après la course.

C'est le témoignage d’un pilote parfaitement lucide, habile, sachant réagir dans l’urgence.

Il a franchi son premier obstacle. Un obstacle qui aurait pu lui faire mal, le fragiliser face à l’opinion et peut-être au sein de son équipe.

L'odieux à porter

Ensuite, c'est la mécanique qui l’a trahi. Comme elle avait trahi son coéquipier la veille. Felipe Massa avait connu une défaillance des freins de sa monoplace dans la troisième séance d’essais libres.

Stroll a vécu la même mésaventure durant la course, au 42e tour. Un bris mécanique que l’équipe a pris à son compte.

« C’est clairement un problème que nous devons régler pour ne plus que ça se répète », a dit l’ingénieur en chef de l’équipe, Paddy Lowe, après la course.

Stroll ne porte pas l’odieux de son abandon. Il peut donc préparer sereinement le Grand Prix de Chine.

Il a pris plein de notes pendant ses 42 tours de piste.

Il y a eu ses batailles avec les pilotes Sauber, il a dépassé sans état d'âme Marcus Ericsson au 10e tour, puis il s'est montré patient derrière Antonio Giovinazzi du 12e au 15e tour (quand l'Italien est entré aux puits), sachant qu'il perdait du temps.

Il a admis avoir peut-être perdu l'occasion de gagner une ou deux positions.

Le Québécois s'est retrouvé seul, en 13e position pendant 28 tours, loin des caméras, et a pu « écouter » sa voiture, analyser son comportement, avec des pneus qui se dégradaient, et le niveau d’essence qui baissait.

La monoplace, plus légère chaque tour, l'obligeait à modifier sa façon de piloter, sa façon d'aborder les virages, sans personne pour le déconcentrer.

Des sensations très utiles pour son apprentissage. Stroll va prendre le temps de repasser à tête reposée avec son ingénieur toutes les données télémétriques de sa première course.

« On a enfin brisé la glace, ce premier week-end est passé. Je vais travailler afin d’être meilleur en Chine », a-t-il dit après la course.

Pour ceux qui se concentrent uniquement sur les résultats, le premier week-end de F1 de Lance Stroll peut paraître décevant.

C’est tout le contraire.